Mis à jour : 2026-08-02
C'était à l'automne 1920. Du 19 octobre au 30 novembre 1920, la station météorologique de Dijon-École-Normale a enregistré 43 jours consécutifs sans aucune précipitation. C'est la plus longue période sèche jamais mesurée dans cette station sur la période complète analysée, de 1893 à 1939. En plein cœur de l'automne bourguignon, une séquence aussi longue reste sans équivalent dans les archives de la station.
Pour comprendre ce que représentent ces 43 jours, il faut se replacer dans le contexte d'une région où l'automne est habituellement une saison de retour des pluies. À Dijon, la fin d'octobre et le mois de novembre sont des mois où les perturbations atlantiques ont déjà commencé à arroser la plaine de Saône. Que le sol reste totalement sec pendant 43 jours d'affilée à cette époque de l'année est remarquable — et c'est bien ce qui fait de cet épisode le record absolu de la station.
La station de Dijon-École-Normale est une référence historique pour la ville, avec des relevés qui commencent en 1893. Sur l'ensemble de la période analysée, qui court de janvier 1893 à juin 1939, aucun autre épisode de sécheresse n'a égalé celui de l'automne 1920. Il s'agit donc du record inégalé sur la durée complète de fonctionnement de cette station.
Les archives permettent de reconstituer les plus longues séquences de jours consécutifs avec une précipitation mesurée exactement à zéro. Voici le classement des cinq épisodes les plus extrêmes :
| Début | Fin | Durée (jours) |
|---|---|---|
| 19 octobre 1920 | 30 novembre 1920 | 43 |
| 17 mars 1893 | 26 avril 1893 | 41 |
| 28 janvier 1921 | 5 mars 1921 | 37 |
| 28 février 1929 | 2 avril 1929 | 34 |
| 17 août 1929 | 16 septembre 1929 | 31 |
Ce classement révèle une concentration remarquable d'épisodes extrêmes dans un intervalle court. Après le record de 1920, on retrouve la deuxième plus longue séquence dès 1893, avec 41 jours entre le 17 mars et le 26 avril de cette année-là. Le début des années 1920 est également marqué : 37 jours entre le 28 janvier et le 5 mars 1921. Puis viennent deux épisodes de l'année 1929, avec 34 jours entre le 28 février et le 2 avril, et 31 jours entre le 17 août et le 16 septembre.
Le record de l'automne 1920 se distingue non seulement par sa durée, mais aussi par sa position dans le calendrier. Une séquence de 43 jours sans pluie à cheval sur octobre et novembre est particulièrement inhabituelle, car c'est normalement la période où la pluviométrie repart à la hausse dans la région dijonnaise après l'été. La concomitance de ce record avec deux autres épisodes majeurs dans les années suivantes — 37 jours en hiver 1921 et 34 jours au printemps 1929 — dessine une période où les longues phases de temps sec étaient décidément plus fréquentes qu'à d'autres moments de l'histoire de la station.
À titre de comparaison, notons que l'épisode de 41 jours en 1893, classé deuxième, est tombé au tout début des relevés de la station — les données commencent le 1er janvier 1893 et cette longue sécheresse a eu lieu dès le printemps de cette première année d'observation. Ce détail souligne l'intérêt de ces longues séries de mesure : elles permettent seules de situer un événement récent à l'aune d'un siècle de climat dijonnais.
Pour les épisodes plus courts, il faut garder en mémoire que ces sécheresses de plusieurs semaines ne sont pas des exceptions qui se sont produites uniquement au début du XXe siècle. Le classement ci-dessus couvre toute la période de fonctionnement de la station, de 1893 à 1939, et les événements les plus extrêmes restent ceux de 1920, 1893, 1921 et 1929 — un palindrome de dates qui n'a rien d'un hasard, puisque l'année 1929 apparaît à deux reprises dans le top 5, avec des sécheresses séparées par quelques mois seulement : 34 jours au printemps et 31 jours à la fin de l'été.
Avec 43 jours sans une seule mesure de précipitation, l'automne 1920 constitue donc bien le record absolu de sécheresse à Dijon-École-Normale sur la période analysée. Aucun autre épisode de la station n'a fait mieux, et même la longue sécheresse de 41 jours au printemps 1893, survenue seulement trois mois après le début des relevés, n'a pas réussi à égaler ce score.
Ce qui rend ce record particulièrement intéressant pour le climatologue, c'est qu'il met en évidence la variabilité extrême du climat bourguignon. Les données de la station montrent que l'on peut passer d'un automne normalement pluvieux à une séquence de 43 jours sans eau, sans que cela soit un événement isolé : les épisodes de 1921 et 1929 montrent que cette variabilité est une constante du climat régional. L'histoire de la sécheresse à Dijon n'est donc pas celle d'une tendance univoque, mais celle d'épisodes extrêmes redoutablement efficaces, dont celui de 1920 reste le champion incontesté avec ses 43 jours sans une goutte.
Source : Météo-France, station DIJON-ECOLE-NORMALE, période 1893-1939.
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