Mis à jour : 2026-08-04
À Bordeaux_observatoire, la fréquence des journées caniculaires — celles où la température maximale dépasse 35°C — est l'un des indicateurs les plus parlants du climat girondin. Sur l'ensemble de la période analysée, qui court de 1880 à 1955, la moyenne décennale se situe entre 1,9 et 4,7 jours par an selon la décennie. L'année 1911 se distingue nettement avec 17 jours de chaleur extrême, un chiffre qui n'a jamais été égalé durant toute la période d'observation. Cette année-là, la température maximale mesurée a atteint 37,7°C, confirmant un été exceptionnellement chaud, mais c'est bien la durée — 17 jours consécutifs au-dessus du seuil — qui marque la singularité de cette année.
Pour comprendre ce que représente ce seuil de 35°C, il faut se rappeler que, dans le climat bordelais, de telles températures sont rares et correspondent à des situations de blocage anticyclonique avec une masse d'air très chaude remontant d'Afrique du Nord ou de la péninsule Ibérique. Un été "normal" ne compte que quelques jours — parfois aucun — au-dessus de ce seuil. Les années 1880, 1882, 1889, 1890, 1894, 1896, 1908, 1910, 1913, 1915, 1919, 1925, 1927, 1932, 1936, 1940 et 1942 n'ont ainsi enregistré aucun jour de ce type. Dans ces années, le pic annuel de température n'a jamais dépassé 34,6°C, comme en 1882, ou est resté bloqué à 34,0°C en 1888.
À l'inverse, certaines années concentrent une véritable séquence caniculaire. Outre 1911 avec ses 17 jours, l'année 1947 a atteint 14 jours au-dessus de 35°C, avec un pic à 40,4°C. L'année 1898 suit avec 12 jours et un maximum de 39,1°C, tandis que 1899 et 1928 totalisent chacune 10 jours, avec des pics respectifs de 37,8°C et 39,5°C. Ces épisodes ne sont pas uniformément répartis dans l'année : ils surviennent presque exclusivement entre fin juin et début septembre, quand le soleil est au zénith et que les sols déjà secs amplifient la chaleur.
En regardant la moyenne par décennie, une tendance se dessine. Les années 1880 comptent en moyenne 1,9 jour de chaleur extrême par an. La décennie suivante grimpe à 3,8 jours, puis redescend légèrement à 2,9 dans les années 1900. Les années 1910 oscillent autour de 3,1 jours, et les décennies 1920 et 1930 se stabilisent à 3,5 jours chacune. C'est dans les années 1940 que la fréquence atteint son acmé avec 4,7 jours par an en moyenne, portée par les étés de 1943 (6 jours), 1944 (4 jours), 1945 (5 jours), 1946 (6 jours), 1947 (14 jours) et 1949 (8 jours). Les années 1950, bien que ne couvrant que le début de la décennie dans notre période d'étude, reviennent à 2,8 jours par an.
Cette variabilité interannuelle est une caractéristique naturelle du climat tempéré océanique de Bordeaux. La Garonne et l'estuaire modèrent les températures, mais les remontées d'air chaud continental peuvent, certaines années, faire flamber le mercure de manière durable. Le record absolu de température sur la période est de 41,9°C, enregistré le 16 août 1892 — ce jour-là a contribué aux 6 jours de chaleur extrême comptabilisés cette année-là, mais c'est bien la fréquence des seuils dépassés qui raconte l'histoire du confort estival, et non le seul pic absolu.
La série complète permet de visualiser la distribution des années avec ou sans jours de chaleur extrême. On voit clairement que les années sans aucun dépassement de 35°C alternent avec des épisodes récurrents, témoignant de la variabilité naturelle du climat bordelais sur trois quarts de siècle.
Le graphique présente la série annuelle complète. Le tableau regroupe les années les plus marquantes ; la série complète provient de Météo-France.
| Année | Jours > 35°C |
|---|---|
| 1906 | 9 |
| 1908 | 0 |
| 1911 | 17 |
| 1928 | 10 |
| 1929 | 9 |
| 1933 | 9 |
| 1947 | 14 |
Le nombre moyen annuel de jours au-dessus de 35°C par décennie offre une lecture plus lissée de l'évolution. La décennie 1880 se caractérise par une moyenne de 1,9 jour ; la décennie 1890 passe à 3,8 jours ; les années 1900 retombent à 2,9 jours ; les années 1910 se maintiennent à 3,1 jours ; les décennies 1920 et 1930 sont stables à 3,5 jours ; les années 1940 montent à 4,7 jours ; et les années 1950 (jusqu'en 1955) affichent 2,8 jours. Cette lecture par décennie ne révèle pas de tendance linéaire nette sur la période, mais plutôt une variabilité à plusieurs échelles de temps.
En haut du classement, l'année 1911 domine avec 17 jours de chaleur extrême, suivie de 1947 avec 14 jours et d'un pic à 40,4°C, l'année 1898 avec 12 jours et un maximum de 39,1°C, puis les années 1899 et 1928 avec 10 jours chacune (respectivement 37,8°C et 39,5°C de pic). En bas du classement, de nombreuses années n'ont vu aucun jour dépasser 35°C : c'est notamment le cas de 1880 (pic à 34,2°C), 1882 (pic à 34,6°C), 1888 (34,0°C), 1889 (33,7°C) et 1890 (32,9°C).
Ce contraste entre les étés sans aucune canicule et ceux où le seuil est dépassé pendant plus de deux semaines rappelle à quel point le climat de Bordeaux est variable d'une année à l'autre. La possibilité de ces épisodes extrêmes est une donnée du climat local qu'il faut intégrer pour la planification urbaine, la gestion sanitaire ou l'agriculture, d'autant que la position de la station météorologique, dans l'Observatoire de Bordeaux, assure une continuité de mesure remarquable depuis le XIXe siècle.
Source : Météo-France — station Bordeaux_observatoire, données officielles du service météorologique national français (licence Etalab). Période analysée : 1880-1955.
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