Jours de gel consécutifs à Strasbourg – Botanique : 51 jours sans dégel en 1939-1940

Mis à jour : 2026-08-15

C’était l’hiver le plus rude du XXe siècle sur la plaine d’Alsace. Entre le 16 décembre 1939 et le 4 février 1940, la station de Strasbourg – Botanique a enregistré 51 jours de gel consécutifs. c’est la plus longue série de gel ininterrompue jamais mesurée à cette station depuis le début des relevés. Aucun dégel n’a permis au mercure de repasser au-dessus de 0 °C pendant sept semaines complètes, du cœur de décembre jusqu’à la fin de l’hiver calendaire.

Pour comprendre ce que représentent ces 51 jours, il faut imaginer la vie à Strasbourg à cette époque : les canaux gelés, les vergers de la Robertsau figés, et une ville où le charbon se faisait rare. La série de gel mesurée par Météo-France ne s’est toujours pas battue depuis cette date, et elle reste à ce jour l’épisode de froid continu le plus long de toute la période d’observation, débutée le 1er janvier 1922. Ce record absolu n’a jamais été approché, même lors des hivers 1963, 1972 ou 1985.

Les 5 plus longues séries de gel consécutifs depuis 1922

Voici les épisodes les plus remarquables de la série historique de la station. Chacune de ces périodes correspond à un enchaînement de jours où la température minimale est restée sous 0 °C, sans aucune interruption.

Début de la série Fin de la série Jours consécutifs de gel
16 décembre 1939 4 février 1940 51
11 décembre 1972 20 janvier 1973 41
8 janvier 1963 16 février 1963 40
16 janvier 1947 21 février 1947 37
28 décembre 1963 28 janvier 1964 32

Le record de l’hiver 1939-1940 : un hiver pas comme les autres

La série de 51 jours qui commence le 16 décembre 1939 s’inscrit dans un contexte particulier : c’est le début de la « drôle de guerre », et la France est déjà mobilisée. Le climat, lui, entre dans une phase de froid intense qui marquera les mémoires. Le mercure reste bloqué sous 0 °C pendant toute la fin de l’année 1939 et une grande partie du mois de janvier 1940.

Cette longue période de gel est remarquable non seulement par sa durée, mais aussi par le fait qu’elle s’achève brutalement le 4 février 1940. Il faut attendre le 11 décembre 1972 pour voir une nouvelle série approcher les 40 jours : 41 jours exactement, du 11 décembre 1972 au 20 janvier 1973. L’hiver 1963, pourtant très réputé dans l’est de la France, n’atteint que 40 jours de gel consécutifs (du 8 janvier au 16 février 1963), tandis que l’hiver 1947 en compte 37 (du 16 janvier au 21 février 1947).

Pourquoi ce chiffre de 51 jours est-il exceptionnel ?

Pour comparaison, la période d’observation complète de la station Strasbourg – Botanique s’étend du 1er janvier 1922 au 13 août 2026, soit plus d’un siècle de données. Pendant cette longue période, aucun épisode de gel n’a dépassé 51 jours d’affilée. Les hivers les plus froids du XXe siècle – 1940, 1947, 1956, 1963, 1972 – ont tous produit des séries longues, mais aucune n’a égalé l’hiver 1939-1940.

Les données de la station de Strasbourg – Botanique, gérées par Météo-France, sont particulièrement intéressantes pour ce type d’analyse : située en milieu urbain, dans le jardin botanique de l’université, elle enregistre les températures minimales depuis le début des années 1920. Cela permet de retracer précisément l’évolution des hivers alsaciens sur un siècle, bien que la chaleur urbaine moderne atténue désormais certains épisodes de gel.

Un épisode à replacer dans la longue histoire du climat alsacien

Si 51 jours restent le record absolu depuis 1922, il est utile de rappeler que ces épisodes extrêmes font partie de la variabilité naturelle du climat de l’est de la France. La série de 1939-1940 dépasse de 10 jours la deuxième plus longue série enregistrée (41 jours, en 1972-1973), un écart considérable dans une région où les hivers froids sont pourtant une constante.

Ce record de durée n’a jamais été battu depuis, et les hivers alsaciens récents ne présentent plus de telles périodes de gel continu. La station de Strasbourg – Botanique continue néanmoins de mesurer au quotidien les températures minimales, permettant de suivre l’évolution de ces phénomènes sur le long terme. Le gel demeure un enjeu majeur pour l’arboriculture locale, notamment pour la floraison des arbres fruitiers du Bas-Rhin, et ces données historiques aident à mieux comprendre la fréquence et l’intensité des coups de froid.

Source : Météo-France – Station Strasbourg – Botanique (période 1922-2026).

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